• Le titre dit déjà tout, mais ce n'est évidemment pas suffisant. C'est une affirmation subjective qu'il va falloir que je « prouve ». 

    Donc je vais mettre ici 4 clips tirés de YouTube pour forger une image pas du tout nuancée de la scène audio-visuelle ukrainienne. C'est mon blogue, j'ai le droit, je fais ce que je veux et je n'ai jamais prétendu être objectif.

    Mais au moins je suis honnête.

    (J'ai encore écrit comme si on allait m'attaquer...!)

    On commence par une chanteuse ukrainienne assez connue : Jamala.

    Elle est devenue célèbre en gagnant l'Eurovision 2016 avec sa chanson 1944 traitant des déportations de ses ancêtres tatar·es de Crimée par le pouvoir stalinien de l'époque. Si je ne me trompe pas, les Russes ont peu apprécié cette victoire.

    Mais je veux pas parler de 1944 (dont le clip est bien réalisé) parce que je veux plutôt me focaliser sur ce que je vais poser sous cette phrase : la chanson Шлях Додому.

    Jamala, Шлях Додому

    La traduction du titre est « Le chemin vers la maison », et le clip montre Jamala en train de faire un long voyage, parcourant les beaux paysages de l'Ukraine. C'est une chanson calme qui se veut un peu nostalgique et mélancolique. Très agréable à écouter. Je valide et recommande.

    Ensuite, je vais parler d'Onuka.

    Onuka, Misto

    « Onuka » signifie « petite-fille » (précisément l'enfant de son enfant). C'est un groupe de musique électronique essentiellement composé de femmes (dont la leader est Nata Zhyzhchenko). Les chansons de ce groupe se veulent alternatives et expérimentales, et marient le synthétiseur et les instruments traditionnels du pays. J'ai découvert ce groupe au moment de leur participation à l'Eurovison 2017 qui a eu lieu en Ukraine, suite à la victoire de Jamala. C'était épique.

    Je trouve les clips d'Onuka d'une grande qualité, et l'exemple que je montre ci-dessus me plaît beaucoup car il est très bien filmé. On pourrait croire que ce clip n'a rien à présenter, qu'il ne se contente que de montrer des bribes de la vie d'artiste en plein processus de composition et d'enregistrement d'une chanson, en plus de quelques images de performances sur scène, mais en même temps il raconte une rupture amoureuse tout en rendant hommage à l'environnement urbain – thème de la chanson.

    Maintenant, je vais vous présenter Ivan Dorn.

    Ivan Dorn & Vakula, Опомнись

    J'ai très peu d'informations sur lui mais je sais qu'il chante principalement en russe, première langue étrangère en Ukraine (comme dans plein d'autres pays de l'ex-URSS), et qu'il a une longue carrière.

    J'aime beaucoup cette chanson qui, avec le clip, se montre très surréaliste. Je n'ai pas trouvé (ou plutôt pas cherché) la traduction du titre, mais je suis prêt à parier que les paroles sont cryptiques. C'est probablement la raison pour laquelle le thème de la vidéo est l'eau et la baignade. Le montage est endiablé, on a l'impression d'assister à un rêve très bizarre, les plans sont excellents et les mimiques d'Ivan Dorn sont ridicules. J'adore ça !

    Et, pour finir, voici Alyona Alyona.

    Alyona Alyona, Рибки

    Alyona Alyona est un véritable phénomène rap dont le succès a commencé fin 2018 grâce à ce morceau, intitulé « Poissons », où elle rape sur des poissons et rien d'autre ! À cette période, elle occupait un poste d'éducatrice en école maternelle dans un petit village, poste qu'elle a quitté pour s'installer à Kiev peu après le décollage de sa carrière dans le rap. Son rap est en langue ukrainienne, ce qui même en Ukraine n'est pas très commun car la majorité du rap y est en langue russe. Ses clips sont souvent très colorés et ont comme signe distinctif l'ajout de dessins et petites animations un peu infantiles ainsi que des effets spéciaux bon marché. Je trouve que ces caractéristiques sont de bonnes idées car elles permettent de rendre ces vidéos moins solennelles que ce que j'ai l'habitude de voir dans le domaine du rap. On se sent ainsi plus proche de l'artiste, j'ai l'impression...

    Tous les clips que j'ai insérés dans cet article confortent mon opinion très subjective sur la culture audiovisuelle ukrainienne. Ce que j'apprécie le plus, c'est que, souvent, la réalisation et le montage des clips correspondent à mes goûts et, selon moi, mettent très bien en valeur la chanson, car c'est ça pour moi le travail d'un clip. C'est ça l'objectif qu'il est censé réaliser.

    Je n'aime pas beaucoup les clips conçus dans le seul but qu'il y ait un clip, car le résultat est souvent très superficiel. De beaux paysages, un super maquillage, de beaux habits, quelques effets spéciaux, peut-être un voyage en voiture et une chorégraphie, et pas grand chose d'autre. C'est très frustrant à regarder !

    Pour faire un bon clip, je pense qu'un scénario et une direction artistique est nécessaire. Il est important de garder en tête qu'il faut avoir quelque chose à raconter, quitte à ce que ça soit abstrait, et il faut chercher à communiquer une émotion. Si l'on se contente d'une vidéo avec de belles images, on se retrouve avec un clip peu mémorable, un clip dont je vais me plaindre sur mon blogue (et ce n'est probablement pas une fin admirable pour un clip...).

    Mon ressenti d'un clip se base sur ces critères-là et c'est comme ça que je construit mon opinion. Je suis content de pouvoir l'expliquer à travers quelques clips ukrainiens.

    Bonne journée !


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  • C'est moi qui ai fait ce drapeau.

    Je vais probablement écrire des conneries, mais j'imagine que ce n'est pas comme si je n'en disais aucune à longueur de journée. L'inconvénient d'écrire des conneries au lieu de les dire, c'est que les paroles s'envolent et que les écrits restent.

    Mais je ne vais pas me décourager. On respire un grand coup et on écrit ce qu'on a à écrire : il faudrait qu'il y ait des États-Unis du Maghreb, une Union Maghrébine ou une Fédération du Maghreb. Voilà je l'ai écrit. Différentes manières d'appeler la même chose. Maintenant je vais expliquer mon opinion avant que je décide d'abandonner l'écriture de cet article par peur de faire face aux contradictions avec lesquelles j'arrive à vivre quotidiennement.

    (Est-ce que c'est ça le syndrome de l'imposteur ?)

    Entre le Maroc, l'Algérie et la Tunisie, il faut ouvrir les frontières. Comme en Europe.

    Parce que pour l'instant, aujourd'hui, il faut un passeport. Et, dans le cas de la frontière algéro-marocaine, il faut prendre l'avion. On ne peut pas y aller en train ou en voiture, même s'il y a déjà la route et la voie ferrée.

    C'est hyper bien, je trouve, de pouvoir prendre le car (ou le train) en France et me retrouver en Espagne le lendemain, sans passer par la douane.

    Imagine pouvoir monter en voiture à Casa et se retrouver à la fin de la journée en Algérie pour y passer des vacances sans pression oklm, alors que voyager en voiture vers l'Europe n'est pas possible sans avoir fait une demande de visa chère en temps et en argent.

    On pourrait aussi choisir de s'installer où l'on veut au Maghreb, sans justification, sans justificatif, sans titre de séjour et sans besoin d'apprendre une nouvelle langue.

    J'étais indifférent face aux frontières du Maghreb jusqu'au moment où j'ai visité la Tunisie. C'est cool d'être touriste marocain·e en Tunisie ; je me souviens qu'on ne m'y a pas du tout traité comme un étranger et je ne me sentais pas dépaysé.

    Maintenant, pour m'amuser un peu, je vais imaginer les détails d'un Maghreb fédéral. On va voir combien de lignes je vais atteindre avant que le cringe ne m'arrête.

    Je pense qu'il faudrait que chaque pays garde son drapeau, sa monnaie, ses lois, sa constitution, ses langues officielles, son équipe de foot, son/sa président·e, etc. Je pense aussi qu'il faut modifier le droit de vote et le baser sur le pays de résidence et non le pays d'origine.

    Mais évidemment y a des freins à cette idée : premièrement, il y a le cas du Sahara occidental, principale cause de désaccord entre le gouvernement marocain (qui en possède la majeure partie) et le gouvernement algérien (qui reconnaît l'existence de la RASD, opposée au pouvoir marocain).

    Deuxièmement, pourquoi une union du Maghreb et non du Grand Maghreb ? Quand je dis « Maghreb », je pense seulement à l'Algérie, la Tunisie et le Maroc. Quand on ajoute la Mauritanie et la Libye, on parle là de « Grand Maghreb ». Je me sens culturellement moins proche de ces pays-là par rapport à l'Algérie et la Tunisie, mais est-ce une bonne raison pour exclure de la partie la Mauritanie et la Libye ? Et je sais qu'il existe déjà l'Union du Maghreb arabe (dont le nom efface totalement la population amazigh de cette région), mais il s'agit seulement d'une organisation économique et politique, pas d'une fédération.

    Enfin, pourquoi ne pas juste abolir les frontières, les passeports, les cartes d'identité et les cartes de séjour ? C'est beaucoup plus simple qu'imaginer une fédération de trois pays et probablement beaucoup plus juste pour tout le monde.

    Mais bon, les freins, j'y pense pas tellement parce qu'il y a un fouillis monumental dans ma tête et je n'ai pas envie d'y mettre de l'ordre, donc je vais m'arrêter là.

    #maghreb_united


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  • En mars 2020, j'ai dû remplacer mon Fairphone 2 par un smartphone neuf, après quatre ans de (pas très) bons et (pas très) loyaux services. C'était quelque chose d'imprévu mais nécessaire. Et, comme cette situation a été très frustrante pour moi, j'ai décidé d'en parler ici.

    J'ai entendu parler de la marque Fairphone début 2015. Le Fairphone 2 venait d'être annoncé, j'en voulais un, et, quelques semaines avant la fin de l'été, j'ai passé pré-commande en contribuant à leur campagne de financement participatif précédant le début de la production de ce modèle. Puis j'ai attendu patiemment comme on attend la cuisson d'un gâteau avant de le recevoir par la poste en février 2016. Mon tout nouveau Fairphone 2 fait partie des premières séries, et il y a dedans une inscription qui confirme que je suis un des 17418 personnes ayant permis sa mise en production. Si ma mémoire ne me trompe pas, j'ai payé 525 € sans compter d'autres faux frais.

    J'en voulais un parce qu'à l'époque je n'étais pas totalement anticapitaliste. J'étais séduit par le fait que ce smartphone soit issu du commerce équitable et qu'il soit désassemblable et réparable. Ça ne me dérangeait pas d'acheter un smartphone de moyenne gamme (en 2015 déjà !) à prix d'or ; je me disais que j'allais le garder dix ans au moins, le faire durer comme celui que j'utilisais avant – un petit portable à glissière. Et, enfin, ce n'était ni un iPhone ni un Samsung, donc je gardais mon image de personne non-conventionnelle – image que je tiens religieusement à conserver et pour laquelle je fournis beaucoup d'efforts (en vrai non mais ça m'a fait rire d'écrire ça).

    En moins de quatre ans, j'ai eu trois gros problèmes liés au manque de fiabilité de mon exemplaire du Fairphone 2, apparemment peu surprenants pour les premiers sortis d'usine, mais ces désagréments ont un peu forgé mon opinion actuelle.

    1. Le haut-parleur principal a arrêté d'émettre des sons après à peine deux mois d'utilisation. Heureusement, j'ai envoyé un courriel à Fairphone et j'ai reçu par la poste un nouvel haut-parleur et j'ai pu ainsi vérifier qu'effectivement il est très facile de remplacer une pièce défectueuse dans mon smartphone et définitivement remédier à mon problème.
    2. Un an plus tard, une mise à jour faisant changer le système d'exploitation du Fairphone 2 (passage d'Android 5.1 à Android 6) a mal tourné – ou plutôt n'a pas arrêté de tourner (bootloop) parce que j'avais eu le malheur d'auparavant désactiver plusieurs applications Google pré-installées. Je ne pouvais plus utiliser mon téléphone et mon premier réflexe a été d'acheter un bête portable basique de secours, à boutons, pour mes appels et messages les plus urgents. Je n'étais pas le seul à avoir ce problème et la solution communiquée par Fairphone impliquait une réinitialisation causant la perte de beaucoup de mes fichiers et photos.
    3. Moins d'un an après, j'ai dû changer de coque. La première, bleue translucide, a trop rapidement vieilli et son joint en caoutchouc s'est détaché. Cela tombait bien, le Fairphone 2 venait d'être mis à jour, avec une nouvelle caméra et de nouvelles coques aux couleurs chatoyantes, mieux conçues, donc j'ai déboursé 40 € pour une coque neuve bleu turquoise.

    C'est sans compter un 4ème problème que beaucoup des premiers Fairphone 2 ont eu aussi et avec lequel j'ai dû vivre, pensant que ça ne me gênait pas tant que ça (en réalité, je suis juste très très patient et je n'aurais pas dû l'être dans ce cas-là, maintenant que j'ai du recul...) : mon Fairphone, après à peu près un an d'utilisation, se redémarrait tout seul, de temps en temps. J'ai attendu jusqu'à ce que ça devienne de plus en plus fréquent au point que ça soit devenu insupportable, en mars 2020. C'est seulement à ce moment-là que j'ai cherché un moyen d'en finir avec cet embêtement et que j'ai appris qu'il fallait changer la carte-mère. Je me suis évidemment senti très bête de ne pas l'avoir fait plus tôt, d'autant plus que les pièces de rechange n'étaient plus produites, et j'ai dû me rendre à l'évidence : il fallait acheter un nouveau smartphone.

    Quel échec !

    Le téléphone que j'ai actuellement est un Xiaomi Redmi Note 8T. C'est un smartphone chinois neuf, très conventionnel, blanc à reflets irisés. J'ai hésité pendant presque deux semaines parce que, malgré qu'il corresponde à la majorité de mes besoins et qu'il soit le meilleur du marché pour le montant que j'étais prêt à régler, je n'en voulais pas. C'était mon Fairphone 2 – bien-sûr en fermant les yeux sur ses défauts – qui me convenait à 100 %. Je voulais le garder dix ans et j'étais très frustré de voir ce plan tomber à l'eau.

    Malgré ses inconvénients, mon Fairphone 2 avait des qualités qui faisaient que j'ai eu beaucoup de mal à m'en séparer :

    • il est solide – je l'ai fait tomber plusieurs fois et il ne s'est jamais cassé ;
    • l'interface avait une surcouche légère et très peu d'applications pré-installées – juste iFixit, Fairphone Updater et les applications Google ;
    • il est beau ;
    • il est désassemblable et réparable – ce qui est très très rare ;
    • il n'est pas aussi grand que les smartphones actuels – de véritables girafes – même s'il est massif.

    Cependant, je me sens très mal d'avoir payé 525 € pour un téléphone de milieu de gamme, ça m'embarrasse, j'en ai un peu honte. J'ai l'impression de souvent prendre de mauvaises décisions et ça me mine, des fois, alors que ce n'est probablement pas grave, mais il faut dire que j'ai souvent honte pour un rien.

    525 € pour un smartphone, c'est trop. 40 € pour une nouvelle coque, c'est trop.

    J'ai été dégoûté par le fait de ne plus pouvoir commander des pièces de rechanges pour faire durer mon Fairphone aussi longtemps que prévu. Je pense que la personne que j'étais il y a cinq ans serait en colère. Aujourd'hui (et depuis un bon bout de temps déjà), je sais que la consommation éthique n'est pas possible dans un système capitaliste, donc je ne suis pas surpris.

    Je ne l'ai pas remplacé par un Fairphone 3 parce que, tu l'auras compris, cette expérience m'a désenchanté. Les promesses n'ont pas été tenues pour le 2 (qui n'a même pas tenu 5 ans), et je doute qu'elles seront tenues pour le 3. Je ne suis plus un acheteur cible et je suis d'accord quand on dit du Fairphone qu'il s'agit d'« un téléphone de riche qu’on achète pour se donner bonne conscience. »

    Je vais quand même m'arrêter de dire du mal de Fairphone parce qu'ils offrent quand-même un service qu'il faudrait rendre obligatoire pour toute entreprise et dont je vais chercher à bénéficier après la fin du confinement : leur envoyer gratuitement mon Fairphone 2 pour qu'il soit recyclé.

    Donc c'est la fin de cet article. Bye bye mon Fairphone 2 !


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  • Tameem Youness, Salmonella

    [Avertissement: cet article évoque les violences contre les femmes et le harcèlement sexuel qu'elles subissent en Égypte.]

    Il y a quelques semaines, en travaillant, j'ai laissé YouTube en arrière-plan comme si c'était la radio et je suis tombé sur ça : une chanson dont le clip a atteint 27 millions de vues en 2 mois.

    Il s'agit d'une production égyptienne, un clip très bien réalisé et assez original qui m'a, honnêtement, un peu impressionné, parce qu'elle est très peu conformiste dans la forme. Le clip est en format vertical, la chorégraphie est ridicule, on voit des changements soudains d'humeur et enfin il y a une apparition surprise de la superstar Mahmoud El Esseily.

    La description pourrait s'arrêter là, mais il y a que ce clip est controversé, et c'est d'ailleurs pour ça que j'ai décidé de lui consacrer un article. Pour commencer, Tameem Youness joue le rôle d'un mec qui cherche à draguer une fille qui commande un latte au comptoir d'un café et qui prend mal (très très mal) le fait qu'elle lui dise non. Dans les couplets, il est tout romantique et tendre ; et dans les refrains il est en colère, agressif et menaçant, au point de lui souhaiter qu'elle attrape la salmonelle et de lui promettre qu'il va ternir sa réputation face à tous les hommes du quartier, among plenty of other violent stuff he says he's gonna do.

    La raison pour laquelle cette vidéo a énervé plein de monde est simple : dans un pays comme l’Égypte où sont généralisées les violences sexuelles contre les femmes, on peut croire que Tameem Youness a fait l'apologie du harcèlement, que ça le fait rire, qu'il s'en moque et qu'il incite les hommes à faire comme lui.

    Et si jamais son intention était tout le contraire de cela, ben il a raté l'exécution. Il n'y a rien dans cette vidéo qui montre clairement qu'il condamne les actes qu'il raconte dans sa chanson, il n'y a rien qui montre que mal prendre un « non » est honteux et intolérable, pas même un carton déclarant explicitement que ce qu'il a montré, ce comportement envers les femmes, est inacceptable. Tameem Youness a fait une erreur en laissant autant de doutes sur ses intentions.

    Le harcèlement sexuel est un vrai problème, une réalité systémique à laquelle l'écrasante majorité des femmes égyptiennes font face quotidiennement. L'œuvre de Tameem Youness, parmi beaucoup d'autres, perpétue et normalise cette réalité, c'est de l'huile rajoutée sur le feu. C'est juste pas drôle.

    Ce qui est vraiment dommage pour une production comme Salmonella qui, dans la forme, est d'une grande qualité. L’Égypte, un des centres audiovisuels du monde arabe, peut faire mille fois mieux.


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  • Bonjour.

    Je vais parler d'un sujet que je ne maîtrise pas du tout et qui ne sera pas sourcé. Don't come for me.

    Hanane, Shnayi

    Avant de parler de cette vidéo ci-dessus, je vais parler de mon opinion sur la pop arabe.

    Alerte pavé.

    Quand j'étais petit, la musique pop arabe, je la voyais à la télé, sous forme de clip vidéo venant principalement du Moyen-Orient. Les chansons étaient principalement en dialecte égyptien et quelques fois en dialecte libanais. De temps en temps, il y avait aussi des productions d'Afrique du Nord mais c'était rare et pas souvent aussi bien fait.

    J'ai vu sur le petit écran des clips d'une période qui selon moi représente l'âge d'or de la pop du Moyen-Orient. Cet âge d'or, je le situe entre 1995 et 2008. Je parle d'un âge d'or parce que je suis peut-être déjà devenu un vieux con qui n'aime pas la pop contemporaine que le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord ont à offrir, à part quelques exceptions.

    Ce que je voyais quand j'étais petit, c'était des clips un peu bâclés, des mélodies pas très recherchées avec des sons de guitare méditerranéens, des chansons un peu plus traditionalisantes ou de la dance électronique répétitive. J'aimais ça. D'autant plus que c'était l'époque où c'était encore nouveau qu'une chanson ne dure que trois minutes et qu'il y ait besoin de tourner un mini-film pour le promouvoir. Je suis capable de dire qu'avant c'était plus sincère et moins superficiel, mais ce sont les mots de la nostalgie et c'est un peu malhonnête à dire. La pop d'aujourd'hui n'est pas très différente.

    Mais ça n'empêche pas que, ce que je vois aujourd'hui, j'aime pas. Les instrus et les voix m’ennuient, mais ce qui me déplaît le plus, ce sont les clips.

    J'écoute beaucoup de pop et je pense que le clip-vidéo est très important. En même temps, je n'aime pas les clips qui sont réalisés juste parce qu'il fallait en réaliser un. Ce genre de chose, je pense que je le remarque vite.

    Ce que je vois aujourd'hui en matière de clip, c'est de la très bonne production, un très bon travail niveau lumières, couleurs, habits, maquillage, paysages, etc. Dans la forme, c'est hyper léché, rien à dire. Mais le fond n'est pas toujours à mon goût. C'est souvent la même chose, une même représentation de l'amour, des chorégraphies dans un hangar, des voyages en voiture, etc.

    Ça se fait de plus en plus parce qu'aujourd'hui c'est sur YouTube que l'on écoute de la musique pop, vu qu'à peu près tout le monde a un smartphone avec une connexion internet. Si l'on veut faire succès dans la pop, c'est plus difficile sans clip.

    La vidéo qui est dans cet article, plus haut, illustre un peu ça. Je ne l'aime pas vraiment. Mais c'est de la chanson que je veux parler, pas le clip. La chanson, elle est cool.

    Mais, d'abord, voici un autre pavé sur l'industrie audiovisuelle arabe.

    Depuis très longtemps (et aujourd'hui encore), c'est l’Égypte (et le Liban aussi) qui influence le plus la culture audiovisuelle arabe. Le dialecte égyptien est relativement bien compris hors de l’Égypte. Pour faire carrière dans la chanson arabe, il faut viser l’Égypte et chanter en dialecte égyptien. Ce qui se fait en Égypte peut ensuite faire tabac dans les autres pays arabes. Beaucoup d'artistes vont donc s'y installer pour tenter leur chance, dont beaucoup de Marocain·es.

    Cependant, je pense que la décennie 2020 va être celle où les Égyptien·es vont commencer à comprendre le dialecte marocain, parce que pour l'instant ils n'y comprennent rien, comme si c'était une langue étrangère.

    Ce changement s'illustre par le fait que beaucoup d'artistes marocain·e·s ayant déjà du succès au Moyen-Orient se sont mis à chanter en dialecte marocain. L'exemple le plus évident est Saad Lamjarred, artiste à succès phénoménal, que je n'apprécie pas à cause de ses affaires d'agressions sexuelles.

    Ce qui change aussi, c'est que beaucoup de chanteur·euses marocain·es d'aujourd'hui n'ont plus vraiment envie de conquérir le Moyen-Orient. Je constate que beaucoup plus d'effort est mis dans les chansons en dialecte marocain pour le public marocain et, mine de rien, ça s'exporte. Parce que la musique n'est plus à la télé mais sur YouTube.

    Pour avoir écouté plusieurs chansons de chanteuses marocaines, il est clair qu'il y a une très grosse différence entre ce que Sofia Al Marikh, Leila Ghofrane ou Asmaa Lamnawar faisaient il y a dix ans et ce qu'Ibtissam Tiskat, Salma Rachid ou Hanane El Khader font aujourd'hui.

    Maintenant on va parler de la chanson qui j'ai intégrée à cet article.

    La chanteuse, Hanane El Khader, est une chanteuse marocaine qui a commencé sa carrière à la Star Academy du monde arabe, télé-crochet enregistré au Liban. Les télé-crochets du Moyen-Orient ont lancé la carrière de plein d'autres chanteur·euses marocain·es, comme Dounia Batma, Houda Saad, Mohammed Rifi, etc.

    Ce clip, je l'ai trouvé sur YouTube. Je vais être méchant, je m'attendais à de la soupe fade. Mais finalement, agréable surprise, Shnayi, c'est une chanson avec une instru acceptable, un clip OK (Hanane sucks in acting) qui n'a pas de scénario merdique et surtout des paroles dans une langue que je ne connais pas du tout.

    Cette langue-là que je ne parle pas, c'est une des différentes langues parlées au Maroc : le tarifit. C'est comme ça que j'apprends que Hanane El Khader est rifaine ! Et elle a réussi à obtenir 4 millions de vues avec une chanson dont la moitié des paroles est en tarifit !

    Je ne connais aucun·e autre artiste pop amazigh. Oui, il y a Hindi Zahra et Oum, qui ont du succès, mais elles ne font pas vraiment de la pop.

    La langue et la culture amazigh sont négligées et invisibilisées au Maroc, donc j'ai été très agréablement étonné et surpris de ce succès pareil que je vois pour la première fois et je trouve que c'est un pas dans la bonne direction.

    Cette chanson a aussi agité le fouillis que j'ai dans ma tête, toutes mes associations d'idées et d'opinions que j'ai sur l'arabité des Marocain·es et de mon arabité à moi. Oui je me remets à parler de moi. Mon arabité, je l'ai remise en question.

    Suis-je arabe ? Pendant très longtemps, pour moi, la réponse était oui, parce que mes parents viennent de Fès et que Fès est une ville de culture arabophone avec un très fort héritage andalou. J'ai aussi très probablement des ancêtres juif·ves, ottoman·es et algérien·nes. Mais ce que l'on a tendance à oublier, c'est que, dans l'histoire du Maroc et de l'Andalousie, il y a aussi des Amazigh, dont beaucoup arabisé·es. Ça ne m'étonnerait pas de trouver des ancêtres amazigh dans mon arbre généalogique, le contraire serait très improbable et surprenant.

    J'ai commencé à douter longtemps après m'être souvenu de mes conversations avec des Égyptien·nes. Souvent, c'est la même question qui revient : « Êtes-vous vraiment arabes ? Quand on vous entend parler, on dirait pas de l'arabe, c'est une autre langue ! » Mine de rien, j'ai dû prouver et justifier mon arabité et celle du Maroc. Puis j'ai discuté avec ma grande-tante qui m'a dit qu'elle était marocaine, pas arabe, que nous sommes des amazigh arabisé·es, que le seul fait de parler arabe ne fait pas de nous des Arabes.

    Alors je doute de mon arabité. J'ai l'impression qu'il y a autant d'arguments qui le soutiennent que d'arguments qui le contestent.

    Donc pour faire court et pour ne pas me tromper, je dis que je suis maghrébin. Ça au moins c'est sûr.


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